Sigfox passe à l’échelle dans les travaux publics avec Condat et Nexans



Sigfox passe à l'échelle dans les travaux publics avec Condat et Nexans

Plusieurs dizaines de milliers de capteurs dotés de la technologie zéro G seront déployés d’ici la fin de l’année par les deux partenaires de Sigfox.

(Mise à jour du mardi 30 juin 2020 à 9h00) Sigfox annonce ce mardi 30 juin 2020 deux projets de taille : l’un avec avec Nexans, acteur dans l’industrie du câble, pour localiser les tourets de câbles sur les chantiers et en connaître la longueur restante, l’autre avec Condat, spécialiste de la formulation de lubrifiants, pour suivre la consommation et gérer l’approvisionnement du mastic d’étanchéité sur les chantiers de tunneliers. Avec l’aide de Delaware, intégrateur de solutions, les deux acteurs ont créé CondatLink, une solution IoT visant à aider les tunneliers à gérer leur approvisionnement et leur stock de mastic d’étanchéité destiné à la construction des tunnels en zone humide. « Pour définir les livraisons à venir, les commerciaux de Condat ne pouvaient jusqu’ici qu’estimer les besoins de leurs clients en échangeant avec eux, sans pouvoir obtenir des informations précises sur leur consommation de mastic. Il nous fallait une solution pour éviter à nos clients tunneliers de se retrouver en manque de mastic d’étanchéité sur leurs chantiers. Nous avions l’intuition que l’IoT était le bon chemin à prendre », raconte dans un communiqué Guy Chemisky, directeur des opérations chez Condat. Le projet a été initié en janvier 2020 avec l’objectif de fixer un device sur les fûts de mastic d’étanchéité.

Une phase de test est prévue en juillet avec l’implantation de cette solution dans trois chantiers dans un premier temps. L’enjeu sera le déploiement de dizaines de milliers d’objets d’ici 2021. « Demain, nous pourrons aller plus loin que le monitoring de la consommation de mastic d’étanchéité sur les chantiers. Il sera possible de faire cela avec de nombreux autres produits et pour d’autres secteurs que celui des constructeurs de tunnels. L’un de nos gros chantiers technologiques dans les années à venir sera d’exploiter davantage les données que nous collectons depuis plus de 20 ans afin de construire des modèles prédictifs et de servir toujours mieux nos clients », déclare-t-il. De son côté, Nexans a initié en 2017 avec l’entreprise ffly4u un projet IoT pour optimiser et rentabiliser la vie de ses tourets. Les économies générées par la géolocalisation des tourets l’ont conduit à commander pour son parc européen 10 000 boîtiers supplémentaires connectés au réseau 0G de Sigfox. La solution est enrichie par ffly4y, avec une solution propriétaire d’edge computing, afin de présenter un calcul de la longueur résiduelle de câble par touret en fin de journée. « Cette nouvelle commande va permettre de déployer la solution sur plus de 15 000 tourets dans le monde à fin 2020, l’objectif étant d’équiper tous les tourets en circulation au cours des trois prochaines années, soit 100 000 au niveau mondial », indique Olivier Pinto, directeur services and solutions de Nexans. « L’avenir de l’IoT industriel, lié à des déploiements massifs de plusieurs dizaines de milliers d’actifs industriels à connecter, passe par la production et la restitution de données spécifiques aux métiers concernés », conclut Olivier Pagès, CEO de ffly4u.

L’opérateur tricolore Sigfox opère son réseau IoT longue portée bas débit dans 70 pays. Température, vibrations, localisation… les objets connectés compatibles peuvent faire transiter de petits paquets d’informations (le plafond est de 12 octets) 140 fois par jour au maximum, à faible coût. Les appareils reliés à Sigfox sont la quasi-totalité du temps en veille, ce qui leur permet de ne consommer qu’une faible quantité d’énergie. Pas besoin d’être branchés sur secteur, leur durée de vie peut atteindre une dizaine d’années avec une petite batterie. Dans sa stratégie à l’horizon 2023, Sigfox prévoit de connecter un milliard d’objets à son réseau. Cette orientation repose sur l’ouverture de trois pays – l’Inde, la Russie et la Chine. L’entreprise, qui fête en 2019 ses 10 ans, comptabilise plus de 30 millions d’objets contractés, dont 15,4 millions connectés au réseau et remontant 26 millions de messages par jours. Securitas représente le plus gros client de Sigfox, avec 2,8 millions alarmes. Sigfox se fixe l’objectif d’opérer dans 70 pays à la fin 2019, soit dix de plus qu’à l’heure actuelle. Une levée de fonds est en cours pour financer cette expansion géographique et une IPO est en préparation.

Couverture Sigfox

Plus de 2 000 antennes ont été déployées par Sigfox en France, selon des chiffres fournis par l’opérateur. Le réseau IoT du groupe couvre 94% de la population tricolore, comme le montre la carte ci-dessous (mise à jour en temps réel sur le site de Sigfox). La pépite française est également présente à l’international, dans 69 pays en plus de l’Hexagone. 21 bénéficient d’une couverture nationale, comme l’Espagne, l’Irlande, le Danemark ou encore la Belgique. Aux Etats-Unis, Sigfox couvrait 30% de la population début 2019. Plus d’1,1 milliard de personnes dans le monde peuvent aujourd’hui bénéficier d’un réseau IoT Sigfox, fait savoir l’entreprise.

En s’implantant notamment en Russie en mars 2020, c’est sur un marché de l’IoT dont la croissance est estimée à 7,6 milliards de dollars en 2022 que Sigfox entend s’affirmer. L’opérateur français a créé avec la société de capital-risque numérique Energo Capital l’entité Sigfox Russia, opérateur exclusif du réseau Sigfox en Russie. Pour l’entreprise tricolore, la Russie fait figure de pays clé, non seulement pour sa taille, mais aussi pour l’enjeu technologique. Sigfox prévoit en effet de connecter des zones géographiques jusqu’à présent non couvertes, comme la taïga ou la route maritime du Nord, grâce à sa future offre d’IoT satellitaire élaborée avec Eutelsat. « La Russie est également très importante pour la numérisation de milliers de kilomètres de couloirs ferroviaires, dans le cadre de l’initiative Belt and Road, tout au long des pays baltes et de la Pologne jusqu’en Europe occidentale. Sigfox est bien placé pour aider à relever ce défi », a indiqué dans un communiqué Bertrand Ramé, vice-président expansion et gestion des partenaires chez Sigfox. Le gouvernement russe a mis en place début 2019 un programme national qui prévoit l’utilisation de l’IoT dans différents secteurs, dont la logistique où Sigfox  observe une forte demande et compte tirer son épingle du jeu.

Pour attirer des clients, l’entreprise tisse des partenariats avec des opérateurs télécoms traditionnels, comme SFR, avec qui la jeune pousse s’est associée en mars 2016. Le telco tricolore est devenu un distributeur clef du réseau IoT de Sigfox en France, mais aussi dans les autres pays où il est installé, comme les USA ou l’Israël. Sigfox a conclu le même type d’accords avec le géant des télécommunications espagnol Telefonica.

Sigfox prévoit une couverture globale en 2023. ©Sigfox

Le système de communication bas débit déployé par le groupe tricolore utilise des bandes de fréquences libres de droit pour faire transiter les données des objets connectés (en Europe, c’est la bande industrielle, scientifique et médicale à 868 méga hertz). Il est bidirectionnel : les appareils qui y sont rattachés envoient vers le cloud des informations collectées sur le terrain, comme la température ou les vibrations émises à un instant T, mais reçoivent également des données diffusées par l’entreprise qui les pilote (8 octets maximum). Cela permet aux pros de réaliser de petites mises à jour logicielles sans avoir à se déplacer.

L’opérateur IoT toulousain a des locaux à Paris, dans le 17e arrondissement. Il y a inauguré en juin 2019 une Hacking House, permettant à des étudiants et entrepreneurs de tester la technologie Sigfox et d’élaborer des capteurs IoT viables répondant aux demandes de PME et de grands groupes. Pendant 80 jours, une quinzaine de participants développent – sous la direction de Maxime Schacht, responsable de la Hacking House Paris – des solutions sur six thématiques, dont la surveillance des équipements du réseau, l’autonomie des compteurs d’eau, la détection d’inondation et la prévention de la pollution de l’eau. En mars dernier, un programme identique a été lancé à Taipei où les 24 participants ont planché sur la communication des objets quand le Wi-Fi ne fonctionne pas ou la détection d’une contamination des palmiers à huiles.

Sigfox est une entreprise basée dans la banlieue de Toulouse, à Labège. Elle s’est installée dans ce qui était alors la TIC Valley, au milieu de nombreuses entreprises du monde des nouvelles technologies. Le succès de la jeune pousse a entraîné l’installation dans le quartier de nombreuses entreprises IoT. La TIC Valley a même changé de nom en mai 2015 pour devenir l’IoT Valley. Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox, a pris la tête de l’association du même nom. L’IoT Valley et Sigfox se sont associés en octobre 2018 pour proposer un parcours e-learning consacré au déploiement d’un projet IoT. L’entreprise, qui s’internationalise, a également ouvert des bureaux à Boston, San Francisco, Munich, Madrid, Dubaï, Singapour Rio de Janeiro et Lund (Suède), pour renforcer son déploiement sur le marché américain, européen et asiatique. Au total, les effectifs de Sigfox comprennent plus de 450 personnes.

Le siège social de Sigfox est situé dans la banlieue de Toulouse, à Labège. © Sigfox

Sigfox a beau être le plus ancien opérateur IoT tricolore, il est désormais cerné par de nombreux concurrents, au premier rang desquels les entreprises membres de l’alliance LoRa, qui travaillent elles aussi à déployer un réseau LPWAN (low power wide area network, pour réseau bas débit longue portée). En France, Sigfox a tissé un partenariat avec l’opérateur SFR, qui va proposer à ses clients de connecter leurs appareils communicants sur le réseau déployé par la pépite toulousaine. Ses deux compétiteurs Orange et Bouygues ont décidé de déployer eux-mêmes un réseau LoRa. Les Français Actiility et Qowisio déploient eux aussi leurs réseaux IoT LPWAN. (Voir aussi : IoT, quel protocole de communication choisir pour ses objets connectés ?)

Sigfox a une ambition internationale. Son réseau est en cours de déploiement dans 60 pays. Les multinationales qui raccordent leurs objets connectés à ce réseau n’ont pas à se soucier des frontières, elles ne traitent qu’avec un seul acteur. Pratique pour un bagagiste qui tracke des valises de passagers pendant leur voyage en avion par exemple. Les réseaux LoRa sont déployés par des opérateurs nationaux, qui signent entre eux des accords de roaming lorsqu’un de leurs clients a des objets connectés dans plusieurs pays. Ledit client doit vérifier auprès de son opérateur que cette option ne fait pas exploser le coût de la connexion de ses appareils.

Sigfox a également d’autres concurrents. Nombre d’opérateurs, comme Orange, misent également sur le LTE-M et le NB-IoT, deux évolutions du réseau cellulaire classique 4G adaptées aux objets connectés. Ces nouveaux modes de communication permettent de faire transiter nettement plus d’informations que Sigfox (photos, vidéos…) et ne s’adressent donc pas forcément à la même cible. La 5G à venir succédera à ces concurrents indirects de Sigfox.

Le tracking d’assets et le back-up de connectivité sont les deux cas d’usage les plus répandus parmi les clients de Sigfox. En juillet 2019, lndigo weel  s’est notamment associée à Sigfox pour équiper sa flotte de vélos en libre-service de capteurs et d’améliorer leur géolocalisation. En février 2020, An Post, expert dans la logistique du courrier, des colis et du e-commerce en Irlande, a choisi le réseau IoT proposé par l’opérateur français pour optimiser sa chaîne d’approvisionnement. Son objectif est de garantir la disponibilité de ses chariots roulants et de ses conteneurs pour transporter les colis chaque jour en quantité suffisante dans les centres postaux de la société à travers le pays.

Sigfox a par ailleurs présenté début 2017 une offre de géolocalisation baptisée Spot’it, qui fonctionne sans le très gourmand en énergie GPS. Ce système localise les objets connectés grâce à la triangulation, une règle géométrique qui permet de déterminer la position d’un point donné en mesurant ses angles avec ceux de trois autres points (les antennes relais de Sigfox en l’occurrence) dont la localisation est connue. Ce nouveau service, qui a demandé au groupe deux ans de R&D, est notamment utile aux entreprises de logistique, qui veulent savoir si un colis est arrivé à destination.

La Parisienne Assurances adopte l’IoT et lance sa première offre d’assurance à l’usage. La compagnie a annoncé fin juin 2019, au Digital Insurance Agenda à Amsterdam, son partenariat avec Sigfox pour développer une offre axée sur la mobilité et s’appuyant sur les objets connectés. « Nous passons aujourd’hui à une nouvelle étape en générant nos propres triggers issus des capteurs IoT connectés à Sigfox, ce qui devrait nous ouvrir un marché potentiel de plusieurs milliards d’euros sur la mobilité, rien qu’en Europe », a affirmé Olivier Jaillon, chief enablement officer chez La Parisienne Assurances.

Les clients – les particuliers ou petites flottes d’entreprises – souscrivant à cette offre recevront un capteur à installer sur leur véhicule, auto, moto, trottinette électrique, etc. Cet objet connecté au réseau 0G de Sigfox sera équipé d’un accéléromètre pour permettre la détection des mouvements. Les données seront transmises à la plateforme de La Parisienne, inscrivant une transaction sécurisée dans sa blockchain privée. Le calcul de l’assurance sera ainsi basé sur un usage à la minute, à l’heure ou au kilomètre.

Les deux partenaires travaillent ensemble depuis plusieurs mois sur cette offre. Le business-modèle n’a pas encore été arrêté, il sera adapté en fonction des premiers retours d’expérience et de la demande. Si le succès est au rendez-vous, La Parisienne pourrait étendre son utilisation de l’IoT à d’autres marchés, comme l’habitation ou les voyages.

Sigfox reste assez discret sur ses tarifs, qui varient en fonction du nombre d’appareils que ses clients souhaitent connecter sur son réseau et de la quantité de données qu’ils y font transiter. En moyenne, s’abonner à ce réseau IoT coûterait trois euros par an et par objet selon Sigfox. Mais les prix peuvent varier entre un et neuf euros par an et par capteur, selon des forums spécialisés. Les modems sont commercialisés entre cinq et quinze euros et les modules de connexion radio valent deux dollars en Europe et trois en Asie ainsi qu’aux USA. Pour le patron de l’entreprise Ludovic Le Moan, ces faibles prix sont la condition sine qua non du décollage de l’IoT. Pour tirer plus encore les tarifs vers le bas, le laboratoire R&D de l’entreprise essaie de résoudre l’une des principales problématiques du secteur : le changement de batterie qui, même s’il n’a lieu qu’une fois tous les dix ans en moyenne pour les appareils fonctionnant avec le réseau Sigfox, reste coûteux. Les chercheurs de l’entreprise travaillent sur des technologies d’energie harvesting. Les appareils dotés de ce type d’équipements sont capables de capter de l’énergie dans leur environnement immédiat et donc (si les recherches aboutissent) de devenir 100% autonomes. Sigfox a par ailleurs annoncé pour 2020 des modules de connectivité radio commercialisés à 0,2 dollar, puis, à termes, à 0.02 dollar.

Sigfox met à la disposition des développeurs et des fabricants d’appareils intelligents un kit de développement qui leur permet de créer des applications IoT liées à des objets connectés sur son réseau. Avec cette infrastructure backend accessible en ligne, ils peuvent mettre en place, configurer et gérer la maintenance de leurs serveurs, des données qu’ils collectent et de leurs applis. L’opérateur prévoit de réaliser 50% de son chiffre d’affaires dans la vente de services d’ici fin 2020, contre 20% aujourd’hui.

Sigfox a créé sa fondation en 2016 afin de mettre l’Internet des objets au service de l’humanitaire. Dirigée par Marion Moreau, ancienne rédactrice en chef de FrenchWeb, la fondation Sigfox s’engage notamment pour la préservation des rhinocéros en Afrique du Sud, où les capteurs Sigfox servent à localiser les animaux, mais aussi dans la détection des tremblements de terre au Mexique.

Le PDG et cofondateur de Sigfox, Ludovic Le Moan, veut accrocher le S de Sigfox à l’acronyme Gafa, qui désigne les quatre géants du net américain, Google, Apple, Facebook et Amazon. Pour faire de son entreprise une licorne, ce titulaire d’un CAP de tourneur-fraiseur essaye de déployer son réseau aussi vite que possible dans le monde. Il multiplie donc les levées de fonds pour financer la mise en place de ses antennes relais. Epaulé par ses équipes, l’entrepreneur est parvenu à lever 150 millions d’euros lors de son dernier tour de table bouclé en novembre 2016. Depuis sa création en 2009, Sigfox a levé des fonds auprès de nombreuses entreprises, comme Intel, Engie, Air Liquide, Eutelsat, SK Telecom ou encore Telefonica.

Mais Ludovic Le Moan n’est pas le seul artisan du succès de Sigfox. En 2009, il a cofondé ce qui n’était à l’époque qu’une start-up avec l’ingénieur Christophe Fourtet. Ce dernier a eu l’idée de créer un réseau ultra-bas débit pour les objets connectés en s’inspirant des systèmes ultra-narrow band utilisés pendant la Première guerre mondiale pour communiquer dans les sous-marins. Le PDG de Sigfox a également convaincu Anne Lauvergeon, ex-patronne du géant du nucléaire Areva, de siéger à la tête du conseil d’administration de son groupe.

Ludovic Le Moan (photo) a cofondé Sigfox avec l’ingénieur Christophe Fourtet. © Sigfox

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